L'affaire
de la société générale met un coup de
projecteur sur cette profession à haut
risque: le trader. Ce n'est pas la première
fois que ceci se produit: l'affaire
Hedge Fund LTCM en 1998 a ébranlé la
finance mondiale; l’affaire Nick Leeson,
provoqua la banqueroute de la banque Barings
en 1995.
Au lieu de chercher qui est responsable (ce
qui n'est ni de mon ressort, ni de ma
compétence), je préfère m'intéresser aux
mécanismes mentaux qui ont conduit à ce
que nous pouvons appeler une catastrophe
économique. Cette démarche me semble
plus intéressante et plus
productive.
C'est avec notre système nerveux que nous
captons et traitons l'information et que
nous décidons d'agir, c'est une telle
évidence que nous n'en parlons même pas.
Le fonctionnement humain et en particulier
notre cerveau intéressent les neurosciences
et les sciences cognitives.
Nous sommes toujours
impressionnés par la vision des traders
dans leur salle de marché (front office) devant
8 ordinateurs reliés via les organes des
sens au plus sophistiqué
des ordinateurs que l'homme ne construira
jamais: le cerveau!
Le cerveau:
100 milliards de neurones, chaque neurone
établissant 10 000 connexions avec ses
"collègues" les autres neurones.
Le cerveau est bien
évidement le lieu de la mémoire ( mémoires
et neurosciences) mais pas seulement,
c'est aussi le lieu des émotions.
Ce n'est
pas très romantique, mais nos émotions,
c'est de l'électricité et de la chimie.
Les formidables progrès des neurosciences
que l'on ne peut réduire comme je le vois
trop souvent à l'imagerie médicale ont fait
naître bien des fantasmes! Le cerveau
humain est d'une telle complexité que nous
devons faire preuve d'une grande modestie et
ne pas se laisser guider uniquement, aussi intéressantes
soient elles, par les seules belles images du
cerveau en action. Certaines activités humaines résultent
de la combinaison de nombreux phénomènes
qui interagissent entre eux et brouillent
les cartes! Allez donc visualiser le bon
sens, la sagesse, la culture (qui n'est pas
le savoir)!
C'est ce que je crois être mon
bon sens qui m'empêche d'être mené par le
bout du nez par mon grand intérêt du cerveau
humain.
"Il
me semble être un peu plus sage que les
autres parce que ce que je ne sais pas, je
ne crois pas le savoir SOCRATE"
Le VAKO et la construction de notre
réalité.
Au départ, il y a ce que nous captons de la
réalité et ensuite ce que nous en faisons.
Nous savons ( constructivisme
) que ce
que nous croyons être la réalité n'est en
fait qu'une représentation très
personnelle de la réalité et qu'il existe
autant de représentations que de personnes.
Nous percevons plus
de 10 000 informations à la secondes par l'intermédiaire
de nos 5 sens: Visuel, Auditif,
Kinesthésique, Olfactif, Gustatif (VAKO)e
nous sélectionnons celles qui à l'instant t
nous semblent utiles (consciemment ou inconsciemment).
Le mécanisme qui nous permet cette
sélection s'appelle précisément le
processus de sélection.
Il
existe deux autres processus: la
généralisation et la distorsion.
Le processus de distorsion intervient
beaucoup plus que notre conscience ne nous
l'indique, il nous conduit à déformer la
"réalité" pour la faire coïncider
avec ce qui est plus "confortable
" pour nous!
Le trader va sélectionner l'information qui
lui semble pertinente et va
"traiter" cette information selon
une chaîne bien connue:
|
Informations
----> interprétation ---->
état interne ----> action |
L'interprétation,
cad le sens que nous donnons aux faits, est
un processus mental qui est fonction de
notre "carte du monde", de nos
valeurs et croyances. Si je voulais être
plus complet je développerais la notion de
critère, le critère étant un standard
présent (ou absent) dans la situation et qui nous
permet de juger si une situation est bonne
ou mauvaise (pour faire simple).
C'est à ce niveau qu'interviennent toutes les
connaissances, les diplômes, les études et
le système de référence du trader.
Les français dans le recrutement des traders donnent la
primauté à cette étape (connaissance)
alors que les anglo-saxons font d'avantage
confiance à "l'instinct" et au
résultat (phénomène culturel).
L'état interne est la
conséquence de l'interprétation, c'est une
sensation, une émotion, positive ou
négative. Cet état interne peut être
parasité par des émotions venant d'autres
chaînes de décision comme la peur de se
tromper qui génère du stress.
Action (ou en PNL comportement).
Le trader est proactif ou réactif. Lorsqu'il a
l'information, il agit, il n'est ni passif ni réceptif
(contemplatif). La plupart du temps, les
gens se donnent du temps avant d'agir, ils
pèsent le pour et le contre. En matière de
décision, le trader travaille en flux
tendu.
Les 3 pôles du fonctionnement
humain... et du trader.
 |
Les
3 pôles du fonctionnement humain: les
processus cognitifs, les états
internes et les comportements externes
interagissent en permanence. Le stress
va influencer nos pensées et nos
actions... |
Nos
émotions, nos états internes, prennent une
part déterminante dans le processus de
décision. Trop d'émotion va nous empêcher
de réfléchir et de prendre du recul. Il
s'agit là de simple chimie
élémentaire.
Un peu de chimie...
Le stress entraîne une libération
d'adrénaline. En amont se trouve
l'hypothalamus: petite zone du
cerveau ayant peu évolué chez les
mammifères qui gère, pour simplifier, l'instinct de survie.
Lorsqu'il s'active (en situation de stress)
il est à l'origine de toute une réaction
en chaîne qui conduira à la production de
substances ( adrénaline, endorphine,
cortisol, sérotonine...). Ces substances
vont dans un premier temps doper
l'organisme, tout va aller plus vite, plus
fort, plus loin et peuvent conduire à un
sentiment de puissance. La mémoire, la
réactivité vont être améliorées...
dans un premier temps! Ensuite surviendra
une deuxième phase (le retour de bâton)
avec fatigue, colère, dépression... et
peut aller jusqu'à l'épuisement, le
burnout.
J'ai dit que durant la première phase
l'organisme était dopé, je veux préciser
que cette première phase est plus
dangereuse pour le trader que la seconde car
le sentiment de surpuissance qui en résulte
peut altérer son jugement et donc conduire
à une prise de décision inappropriée.
Dans un environnement qui peut parfois
sembler virtuel, le risque est bien réel.
Compte tenu des sommes engagées et des
conséquences planétaires possibles, des
gardes-fous ont été créés, mise en place
de systèmes de contrôle à plusieurs
niveaux et de systèmes de contrôle des
systèmes de contrôles... cela ne suffit
pas toujours!
L'environnement du trader.
L'environnement du trader est
stressant, beaucoup de bruit, des
informations brutes qui changent et qui
arrivent en permanence, la nécessité
d'agir vite (time is money) et de façon
efficace, le résultat est sanctionné (bâton
et carotte). Je pense que cet environnement
est souhaité par l'ensemble des
protagonistes car il est stimulant et
facteur de performance, à condition de ne
pas craquer (phase 2) ou de ne pas
"trop" se surestimer (phase1). Si
le trader a commis une erreur et qu'il
essaie de se rattraper alors il peut se
laisser envahir par une émotion peur qui
peut le conduire à la catastrophe. Tout est
affaire de dosage, l'insouciance est aussi
dangereuse que la peur pour le trader comme
pour alpiniste
| Les
métaprogrammes. |
| Nos
métaprogrammes
sont des opérations mentales que nous
effectuons pour |
|
- percevoir les
choses,
- évaluer et organiser ce que nous percevons
- faire des choix, se motiver et agir. |
|
| Je
ne développerai pas ici les métaprogrammes
du trader, je vous invite à consulter
sur le site la page concernant ces
mécanismes décrits par la PNL. |
Agir
en amont pour prévenir.
Le
trader est en interaction permanente (systémique)
avec un environnement bougeant pour ne pas
dire volatile. L'implication
du trader est à la fois proche du sportif
de haut niveau et du soldat d'élite que ce
soit en terme de performance, d'obligation
de résultat, d'analyse d'une situation, de
prise de décision ou de stress.
L'innovation technologique, la
mondialisation de l'information, la
croissance mondiale forte ont entraîné une
croissance considérable des flux de
capitaux. Le trader est en permanence au
milieu de cette "mer"
agitée avec parfois un avis de tempête (subprime),
le radar n'empêche pas la tempête.
Le risque est non seulement mondialisé
(risque systémique) mais sa propagation
peut être rapide
Les moyens de contrôle mis en place n'ont
pas suffit à éviter les problèmes de la
Société Générale et les moyens de
contrôle qui vont être ajoutés seront
efficaces jusqu'à... la prochaine fois.
Un travail en amont de formation, de connaissance
des mécanismes mentaux de décision serait
très certainement hautement bénéfique.
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