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Communication
et
politique.
Le premier présupposé de
l'école de Palo Alto est: "On ne peut pas ne pas communiquer",
ce qui sous tend que tout est communication.
Je reprends cette phrase pour la politique: "En politique, on ne
peut pas ne pas communiquer".
Il est bon de rappeler quelques évidences et autres "lapalissades":
- L préalable pour appliquer une politique, c'est d'être élu. Monsieur Jospin
en a fait l'expérience en 2002.
- Il ne suffit pas d'être élu sur une politique pour pouvoir ipso facto
l'appliquer. C'est au tour de Mrs Chirac et Raffarin d'en faire
l'expérience au cours du premier semestre 2003.
La communication intervient donc à deux niveaux: pour se faire élire et
pour pouvoir appliquer ce pour quoi on a été élu.
Existe t'il une spécificité de la communication politique? Certes oui, cependant
on y retrouve les grands principes fondamentaux de la
communication. On retrouvera à l'évidence toutes les techniques
permettant de créer un bon rapport avec l'électeur, la connaissance des
métaprogrammes (rien à voir avec les programmes électoraux), la
synchronisation...
La communication politique est le fait des démocraties, on ne communique
pas dans les dictatures ou tout au moins on communique par la peur.
Synchronisation:
le
challenge face à la
multiplication des partis
politiques.
Nous
verrons un peu plus loin de manière précise ce qu'est la synchronisation.
La
synchronisation est la manière la plus efficace, la plus puissante de
construire une bonne relation. Se synchroniser, c'est être au plus proche de
l'autre, de sa "carte du monde", de ses préoccupations, de son mode
de fonctionnement... Il est difficile de se synchroniser simultanément sur deux
personnes aux caractéristiques opposées, alors lorsqu'il s'agit de deux
millions!
Supposons que les artisans boulangers créent leur propre parti qui
pourrait mieux se synchroniser sur chacun d'entre eux qu'un leader
artisan boulanger?
Il est plus facile pour un leader de la CGT ou de FO de se synchroniser avec
un cheminot ou un fonctionnaire que pour Monsieur Raffarin.
Georges Marchais
avait compris intuitivement ou non l'intérêt de parler comme il le faisait. Il aurait perdu
une grande partie de ses électeurs à utiliser le langage d'un énarque. Avec son langage, Georges Marchais avait peu de chance
d'attirer l'électorat des cadres supérieurs ce qui n'était d'ailleurs pas son
problème!
Plus il y a de partis politiques, plus il est facile à chaque leader de se
synchroniser sur ses électeurs, car les caractéristiques du groupe sont plus
faciles à cerner et présentent moins d'antagonismes.
La multiplication des partis politiques a un avantage, celui de bien "tenir ses
troupes" et deux inconvénients majeurs: le premier, l'émiettement qui
explique en partie l'évincement de la gauche aux présidentielles de 2002, le deuxième:
la difficulté de réunir secondairement les partis qui se sont plus ou moins
affrontés lors du premier tour: le fameux report des voies.
La synchronisation en
politique.
Savoir se synchroniser est sans doute le moyen le plus efficace pour bien
communiquer.
Nous verrons pourquoi la structure de l'état est la plus formidable
machine à se désynchroniser de la population.
Piège dans lequel tombent sans exception tous les hommes politiques au
pouvoir toutes tendances confondues.
La
synchronisation permet de créer une bonne relation.
Se
synchroniser, c'est établir une relation de proximité avec un ou
plusieurs interlocuteurs. Il s'agit de mettre en avant ce
qui nous ressemble et donc dans le cadre de la psychologie humaine
ce qui nous rassemble:
- Il est proche des gens.
- Il est abordable.
- Il
me comprend.
- Nous partageons la même vision des choses...
La
synchronisation non verbale.
Il s'agit d'une synchronisation physique. Elle consiste à s'approcher au plus près de la
gestuelle, des positions du corps des
personnes que l'on rencontre.
Les experts en la matière sont
Jacques Chirac, Bernard Tapie, Jean-Marie Le Pen, Arlette Laguillier.
Lorsque la synchronisation est efficace, que la bonne relation est
en place, on peut passer à la deuxième étape: la conduite qui
consiste à changer de posture pour être suivi dans ce changement.
La synchronisation est d'autant plus efficace qu'elle est naturelle,
sincère, véritable et chaleureuse, c'est particulièrement le cas
de Jacques Chirac en campagne. Lionel Jospin et Edouard Balladur
sont moins à l'aise avec ce type de synchronisation.
La tenue vestimentaire, le look joue un rôle important dans cette
synchronisation, François Mitterrand pour recevoir des cheminots grévistes
avait passé une chemise ouvrière à carreaux.
La
synchronisation verbale.
Il s'agit d'approcher au plus près la manière de s'exprimer des
gens: vocabulaire, structure grammaticale. Les bons communicants ont
un langage "caméléon". Au plus près sans être
ridicule, si l'écart entre votre langage habituel et celui de votre
interlocuteur est tel que vous allez y perdre en naturel, adoptez un
niveau intermédiaire. Ayez un langage simple avec les gens simples,
un langage sophistiqué avec les personnes plus précieuses... Si
vous éblouissez une personne avec votre langage, c'est vous qui
irez dans les décors!
La
synchronisation sur la manière
dont les gens vivent et se représentent ce qui les entoure.
C'est l'affaire des programmes, il s'agit de parler de ce qui
préoccupe vraiment les gens.
Combien de fois avons nous entendu:
"ce n'est pas ce qui préoccupe vraiment les gens"
en évoquant le discours d'un homme politique.
Il ne suffit pas de
l'évoquer une fois pour être en synchronisation. Plus le mot, plus
la préoccupation est prononcée, mieux c'est.
On voie bien la difficulté d'être en synchronisation avec des
groupes d'intérêts divergents. Les fonctionnaires aiment entendre
parler d'effectifs, les commerçants de baisses des charges, les
salariés sont préoccupés par le risque de chômage, les personnes
âgées par l'insécurité, les retraites...
Afin de
m'éviter un abondant courrier, je n'aborde pas ces questions sous
l'angle de la légitimité de telle ou telle préoccupation.
La synchronisation sur les métaprogrammes.
Qu'est-ce qu'un métaprogramme? Les métaprogrammes font référence
au fonctionnement mental. Nous ne réinventons pas notre manière de
fonctionner pour chaque situation, nous avons nos propres
programmes. Ils déterminent comment nous percevons, nous nous
représentons le monde ainsi que nos comportements qui en
découlent. Ils interviennent dans le tri et le traitement de
l'information. Ces métaprogrammes sont inconscients, je ne me dis
pas: "dans cette situation je vais fonctionner de cette
manière".
En politique on s'intéresse aux métaprogrammes de l'électorat,
l'homme politique pour y avoir accès, "descend" sur le
terrain et multiplie les contacts. Cette approche a l'avantage du
"live" et l'inconvénient de donner une vision parcellaire
de la réalité: on rencontre d'avantage ses partisans que les
autres. Les sondages donne une vision plus globale mais ne dise pas
comment les personnes sondées envisagent les choses.
La connaissance des métaprogrammes de l'électorat permet
d'établir une carte mentale de l'électorat sur laquelle l'homme
politique se synchronisera.
Quelques métaprogrammes déterminants:
Recherche/évite.
Pour traiter les problèmes de délinquance, vaut-il mieux dire:
"il faut combattre l'insécurité" (éviter
l'insécurité) ou "prendre les mesures pour protéger les biens
et les personnes" (recherche de sécurité). Aller vers la
sécurité ou éviter l'insécurité. Lors de la campagne
présidentielle de 2002 les grands candidats se sont synchronisés sur
l'évite à l'exception de Monsieur Jospin qui n'a guère montré d'enthousiasme
à se prononcer sur ce sujet et donc du coup n'était pas
synchronisé sur les préoccupations des gens.
Global/spécifique.
Global concerne l'ensemble (zoom arrière), vision large, spécifique concerne
le détail (zoom avant).
Parler d'un choix de société constitue une approche globale alors
qu'à l'inverse parler des problèmes quotidiens des français est
une approche spécifique. Lors d'une campagne locale le
métaprogramme de choix est certainement spécifique, à l'inverse le
métaprogramme global est plus approprié dans une élection nationale.
Similitude/différence.
Les français ont le sentiment d'être en crise depuis 30 ans,
ils souhaitent donc que cela change. souhaitent-ils que cela change
dans la continuité? C'est à dire plus de la même chose: similitude. Ou que cela change par rapport à ce qui se passe
actuellement: différence. Jacques Chirac en 2002 a proposé un
changement de type différence. Pour les retraites, Lionel Jospin
garde le système en place et créé un fond spécial pour alimenter
les caisses dans l'avenir, il se synchronise ainsi sur son
électorat. A l'inverse, Jacques Chirac choisi le métaprogramme
différence en proposant une réforme.
Référence au temps.
Est-ce que pour me déterminer je fais référence au passé, au
présent au futur?
La France doit retrouver ses vrais valeurs, ce qui fait ce qu'elle
est. référence passé.
Nous devons préserver nos acquis. Sous-entendu ne changeons rien à
la situation présente. Référence présent.
La France face aux défis du monde moderne doit aller de l'avant.
Référence futur.
Jacques Chirac avait choisi de se synchroniser sur le métaprogramme
futur de son électoral.
Dynamique de la motivation.
- Est-ce que je prends l'initiative? proactif. Je
change de voiture.
- Est-ce que je réagit à l'action des autres? réactif. Mon
voisin a changé de voiture alors je change de voiture.
- Est-ce que je suis le mouvement? réceptif. Mon
voisin a changé de voiture, il faut peut-être que j'y pense.
- Est-ce que je ne fais rien quoiqu'il se arrive? passif. Mon
voisin a changé de voiture je ne change rien.
Si l'homme politique sent ou a vérifié par des études
d'opinion que son électorat a une volonté de changement,
qu'il est déterminé, dynamique, il devra se synchroniser sur
l'action.
A l'inverse, si son électorat souhaite que les choses restent en
l'état, pour se synchroniser, son discours sera basé sur
l'inaction: "regardons autour de nous, il y a pire que nous,
pourquoi prendre le risque de perdre ce que nous avons..."
Pour se synchroniser sur un électorat réactif, un homme politique
fera des contre-propositions.

La synchronisation sur les
états internes.
L'état interne est ce que nous ressentons: joie, tristesse,
colère, agressivité, indifférence...
Essayez de dire d'emblée à quelqu'un de malheureux que la vie est
belle! Vous le pouvez mais il faut d'abord faire un bout de
chemin avec lui dans le malheur (synchronisation) et dans un
second temps, progressivement, une fois que la relation est
solide, proposer une autre vision (conduite).
L'homme politique face à une personne (ou un électorat)
désespérée, reconnaîtra le désespoir par une attitude et un
vocabulaire appropriés (synchronisation) puis dans un second temps
changera de registre pour proposer une autre option (conduite):
voter pour moi ça ira mieux...
Et l'humour dans tout cela. il
permet de se synchroniser sur l'état interne: rions ensemble! Et
surtout jamais au dépend des autres!

Danger: risque de "désynchronisation".
Se synchroniser, c'est comme nous venons
de le voir être en phase. Il est difficile pour un homme politique
"à l'abri", isolé des citoyens "dans les palais du
pouvoir" de vraiment rester en
contact avec la population.

Conclusion:
La communication est
indissociable de la politique et de la démocratie, les
dictatures ne communiquent pas au pire elles font de la
propagande.
Dans toute communication, il y a le contenu et la relation,
aucun de ces deux aspects ne doit étouffer l'autre.
Sans
relation, le contenu ne "passe pas".
Pour un homme politique, la question est: quel effet est
produit par ce que je dis et la manière dont je le dis.
Le danger pour un homme politique est de se couper de la
population et donc de ne plus avoir de repères pour se
synchroniser.
Pour "conduire et donc faire passer son
message, ses convictions il faut d'abord se synchroniser:
synchro-conduite.

Robert
Larsonneur
Conseil
et formateur en communication
Master en PNL
Formateur certifié en PNL
Coach certifié
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